Peut-on expliquer ce qu'est un atelier d'écriture ?

Le mot "atelier" situe l'atelier d'écriture tout aussi bien du côté de l'artisanat (l'atelier du menuisier) où l'on fabrique des objets, que du côté matériel de la pratique artistique (l'atelier du peintre). D'emblée le terme veut rompre avec l'image idéalisée d'une écriture qui naîtrait uniquement de l'esprit de gens qui ont de bonnes idées, voire des idées de génie, ou qui seraient touchés par la grâce de l'inspiration. Ce qui cantonne les autres dans le rôle d'admirateurs béats au pire, de lecteurs fascinés au mieux.

L'atelier nous invite à bricoler le matériau du langage, sans intention, par plaisir, par jeu – mais attention, on peut se prendre au jeu ! - uniquement animés par une règle de fabrique qui offre l'occasion de combiner les mots de façons inattendues. Le résultat n'est souvent pas triste, et l'on s'amuse beaucoup dans le collectif de l'atelier. On a aussi la surprise de découvrir que là où l'on se sentait depuis toujours confus d'aligner trois mots, on est à tout bonnement l'égal des autres dans le chantier enthousiasmant du sens. Expérimentant les multiples effets du texte, on apprend ainsi à progresser en un savant équilibre entre récit et poésie.

Chaque atelier, chaque animateur a son identité en fonction du parcours de chacun dans la littérature. Cependant il ne serait pas possible de se passer d'un des trois temps suivants : il y a un temps pour écrire individuellement à partir de la consigne proposée par l'animateur, il y a un temps d'entre-lecture où chacun va donner son texte à entendre (s'entendre et se faire entendre), il y a un temps où l'on va revenir sur ce qui vient de s'accomplir : commenter son expérience immédiate d'écriture, faire part de son ressenti des textes des autres, mettre en correspondance les effets de certains textes de l'atelier avec des  œuvres extérieures, construire progressivement un espace critique qui fait de chacun un lecteur de plus en plus expert. Il y aura encore un temps ultérieur : celui qui nous renverra, de nous-mêmes, par curiosité, à la bibliothèque, pour retrouver dans les livres des écrivains des "manières d'écriture" dont nous sommes dorénavant plus conscients, maintenant que nous connaissons le travail de l'intérieur.