Qu'est devenue la maison de Louis Guilloux ?

Rédigé par Valérie MAURICE - - Aucun commentaire

Maison de Louis Guilloux / Fonds Louis Guilloux - Bibl. St Brieuc

« La maison de Louis Guilloux est un peu perchée. En 1932, la rue s’évanouit dans les champs et forme une impasse qu’un jardin sépare de la maison. […] Elle est construite en pierre, comprend deux étages, et possède un jardin sur l’arrière. » Louis Guilloux Les maisons d’encre – Jean-Claude Bourlès – Christian Pirot éditeur.

Rien ne prédisposait ce pavillon à devenir le lieu culturel public qu’il est aujourd’hui, si ce n’est le nom de son propriétaire. Sinon aurait-il été bâti en ce site paisible, à quelques centaines de mètres du Gouët et de la vallée qui forment le port en contrebas, en retrait du centre-ville, dont il faut quinze bonnes minutes pour venir à pied ? Non la Maison Louis Guilloux que l’on met encore quelquefois du temps à trouver, ne fut pas construite pour accueillir les expositions, ni les ateliers d’écriture qui la font vivre maintenant. Tout au plus s’y tenait-il des rencontres qui pouvaient s’apparenter aux soirées littéraires actuelles puisque Louis Guilloux y recevait volontiers des auteurs amis.

Louis Guilloux avec un ami écrivain : Henri Petit / Fonds Louis Guilloux

« C’était une maison dont la magie celte s’installait aussitôt qu’on y séjournait » (Jean Daniel – id.) Ah recevoir en séjour, à présent on dit « en résidence », André Chamson ou Max Jacob !

Il y a d’évidence une continuité contemporaine d’avec la période d’usage privé : pérenniser la fréquentation de la maison par les écrivains, et au-delà donner des raisons littéraires à des auteurs de vouloir fréquenter la région. C’est ce qui se passe à raison de cinq à six auteurs y séjournant chaque année, dans l’appartement spécialement aménagé à cet effet.

Pourquoi ne pas s’être contenté de faire du lieu un musée à la gloire de son premier résident ? Parce que dans la discrétion du bureau en vigie sur la ville au 2e étage, une activité se pratiquait qu’aucune vitrine si bien conçue fut-elle, ne peut faire comprendre : composer un texte ! Ce que certains peuvent traduire rapidement par rédiger, souvenir peu gratifiant de l’époque scolaire où chacun a eu l’occasion de se risquer à inventer un écrit. La Maison Louis Guilloux en se proposant de prolonger le geste de son hôte d’origine, entend permettre à chacun de vivre une expérience autre, beaucoup plus chaleureuse, où l’écriture se révèle être une pratique familière et partageable. Là est la véritable intention de venir se perdre dans cette rue : être reçu comme chez soi, dans la véranda ou dans le salon, accueilli dans la famille des passeurs de mots, se mettre à son aise, étaler ses papiers et commencer à écrire. « Finalement je pris sur le haut d’un tas, les premiers feuillets qui s’y trouvaient pour les relire avec attention. » (Le jeu de patience)

Valérie Maurice, co-présidente du Groupe d’Education Nouvelle

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